Revue de sociolinguistique
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Université de Rouen

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ISSN : 1769-7425

 

 

Réactions des lecteurs

Nous ne sommes pas en mesure de poursuivre la mise à jour régulière de l'actualité sociolinguistique francophone. Pour vous tenir informés, nous vous invitons à consulter :

- le site de RFS, où chacun peut annoncer des manifestations (colloques, journées d'études, soutenances de thèses) ou des publications : http://rfs.socioling.org. Vous pouvez sur le site vous inscrire à la liste de diffusion du RFS.

- la bibliograhie sociolinguistique francophone qui recense chaque année l'ensemble des publications en sociolinguistique : http://www.bibliographie-sociolinguistique.com

Réactions des lecteurs

Réaction au Numéro 3 : La littérature comme force glottopolitique: le cas des littératures francophones Par Bernard Zongo

La lecture du papier de présentation proposé par Claude Caitucoli m'a inspiré quelques réflexions que je souhaiterais partager avec les contributeurs du N° 3 de Glottopol. La première, qui, à mon sens, est centrale en tant qu'elle détermine la circonscription du champ du questionnement et partant le corpus et même la réflexion théorique présupposée est celle-ci : quel contenu attribuer au syntagme "littératures francophones" ? Autrement dit, quels auteurs sont susceptibles d'être sollicités par l'étude ? quelles oeuvres littéraires ? Reposer une question à laquelle une réponse de compromis a été déjà proposée n'a pas pour finalité d'envenimer le débat, une telle démarche cherche à offrir des pistes de réflexion qui se résument à ces quelques axes.

1) Des limites de l'espace francophone et de la francophonie : Lorsqu'en 1880, dans un contexte colonial, le géographe français Onésime Reclus forge la notion de francophone (France, Algérie et colonies), il en limite les contours à l'ensemble des populations utilisant le français, simple constat. En 1887, Reclus prône un élargissement de la francophonie au sens de "ensemble ou partie du monde francophone", orientation impérialiste de la notion. Dans les années 1962, la notion de francophonie devient concept sous la plume de Senghor et se charge d'une dimension glottopolitique en ce qu'il crée et installe la dichotomie français/francophone. En 1986, dans leur Dictionnaire général de la francophonie, Luthi, Viatte et Zananiri classent les pays francophones en deux catégories : les pays de langue française (Québec, France, Wallonie, Suisse romande) et les pays d'expression française (anciennes colonies fançaises). Pour d'autres encore, la francophonie couvre 4 aires géographiques (cf. Littérature francophone - Anthologie - ACCT, 1992, p.10). Ces variations montrent que toute définition de la francophonie "repose sur une idéologie discutable" comme le souligne Caitucoli. La question qui reste pendante est qu'il faut opérer un choix qui n'est pas sans conséquence sur l'élection des auteurs et du corpus.

2) La question du corpus et des auteurs : on a choisi de définir un écrivain francophone comme un auteur "qui rédige son oeuvre ou une partie de son oeuvre en français alors que cela ne va pas de soi". Il s'agira alors de s'interroger sur la manière dont ces mêmes écrivains se définissent. On est loin du consensus. Des auteurs comme Mongo Béti, Abdouramane Wabéri, Calixte Béyala récusent l'idée qu'on puisse faire une distinction - une ségrégation - entre auteurs africains et auteurs français. Pour ces auteurs, un auteur ne vise qu'une chose : l'universalité. Dans le dernier chapitre de sa Littérature nègre, Jacques Chevrier propose les résultats d'une enquête sur la question, sa lecture est édifiante. Un autre exemple de la difficulté à définir l'identité francophone ou française d'un auteur, de son œuvre renvoie aux différentes formes de désignation de la littérature africaine, pour ne citer que celle-là : "littérature africaine", "littérature nègre", "littérature d'Afrique noire" ou encore "littérature négro-africaine". Et pourtant toutes ces dénominations - exemple de glottopolitique désignative - traitent en gros des mêmes auteurs, des mêmes oeuvres et des mêmes problématiques.

3) La question de la méthodologie et du cadre de référence théorique. L'angle d'attaque exposé dans le projet est la mise en évidence des "rapports entre les oeuvres littéraires et les réalités sociolangagières". Il conviendra peut-être de solliciter les présupposés et les démarches de la sociocritique (Lucien Goldman, Pour une sociologie du roman, mais aussi Pierre Zima qui montre dans son Manuel de sociocritique un exemple de relation entre la structure narrative, les personnages de L'Etranger de Camus, et la situation sociolinguistique des années 30 et 40). Dans cette même optique - avec un décalage temporel et/ou spatial - des oeuvres comme La carte d'identité de Jean Marie Adiaffi, Les soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma, Ville cruelle d'Eza Boto, Soliloques de Kateb Yacine constituent des exemples intéressants. En effet, les années qui précèdent et suivent les Indépendances offrent des périodes suffisamment datées pour servir de base à la démonstration que la littérature peut consti

une force glottopolitique.
Une autre question est celle de l'établissement d'indicateurs de francité, d'africanité, de maghrébité ou autres de l'oeuvre retenue. Sur la base de quels critères peut-on attribuer le label de "francophone" dans son opposition à "français" à un auteur, une oeuvre ?

L'origine de naissance ne me semble pas un critère fiable : quelle différence y a-t-il entre Batouala de René Maran et Voyage au bout de la nuit de Céline ? Albert Camus : auteur français ou francophone ?
L'esthétique littéraire? Les choix thématiques ? La mise en mots ? L'écriture ? ce dernier élément me paraît être un critère opératoire. En effet, les auteurs négro-africains par exemple ont procédé à des choix de langue(s) qui, diachroniquement, constituent une sorte de continuum : oeuvres en langues nationales, oeuvres en français mais chargées de vernacularismes lexicaux revendiqués (La Carte d'identité, Les soleils des indépendances), oeuvres en français mais marquées dans la mise en mots par une présence en filigrane de la littérature orale (Senghor, Kourouma des derniers romans), oeuvres en français sans marqueurs d'africanité (Calixte Béyala, Abdouramane Wabéri, le Mongo Béti des derniers romans).
Le discours épilinguistique des auteurs et des publics lecteurs : ce qui nous amènera à définir l'esthétique d'une "oeuvre francophone" à travers le double prisme de l'auteur et des publics destinataires. On pourra alors avoir recours aux travaux d'Umberto Eco (typologie des lecteurs) et de Jauss (esthétique de la réception).

On ne m'en voudra pas d'avoir été quelque peu redondant dans mon propos, mais le flux de réflexions à proposer et l'urgence combinés en sont la cause.

Pour ma contribution au N° 3 de la revue, je proposerai un article dont le titre est : "La dimension glottopolitique du concept de Négritude".

Bonne lecture à tous

 

Réaction au Numéro 3 : La littérature comme force glottopolitique: le cas des littératures francophones Par Normand Labrie

Le texte de l'appel à contributions me semble parfait. L'idée de traiter de littérature comme force glottopolitique me plaît bien. La lecture de ce texte suscite deux réflexions chez moi :

Peu importe où il écrit, l'écrivain doit toujours faire des choix vis-à-vis les variétés de langues qu'il utilisera, allant soit vers une variété standard normée, soit une variété plus vernaculaire, et que ces choix représentent une activité glottopolitique, dans le sens où il accepte, refuse, ou choisit de s'adapter aux conditions du marché (de l'édition, de lecteurs), et où il contribue à légitimer la variété de langue qu'il choisit.

Aussi, le travail de l'écrivain s'inscrit dans le processus de changement linguistique de par son caractère créatif, en cherchant sans cesse à transgresser les normes établies, à innover par rapport aux conventions du moment, et ainsi à échapper aux codificateurs de la langue. La création littéraire est un acte glottopolitique dans la mesure où elle fait de la langue un objet en voie de transformation, servant d'instrument d'émancipation, de moyen d'échapper au contrôle social. Mais en même temps, les codificateurs, et en particulier les lexicographes, s'appuient abondamment sur la littérature pour légitimer les choix qu'ils font dans leur activité de standardisation. Le processus de transgression des normes de l'écrivain, est sans cesse récupéré par les agents de la standardisation linguistique.

Bon succès pour ce numéro.

Normand Labrie




 

Dernière mise à jour :

10 juillet 2013

 

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