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Revue de sociolinguistique
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Université de Rouen

Laboratoire Dylis


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ISSN : 1769-7425

 

 

Numéro 31 : Accents du français : approches critiques
Numéro 32 :Glotopolítica - Langage et luttes sociales dans l’espace hispano-lusophone
Conseils aux auteurs

Numéro 31

Accents du français : approches critiques 

Numéro coordonné par Maria Candea, Gaëlle Planchenault, Cyril Trimaille (Universités de la Sorbonne Nouvelle Paris 3, Simon Fraser University et Université Grenobles-Alpes)

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Ensemble souvent flou et hétérogène de traits phoniques (« loose bundles of prosodic and segmented features distributed over geographic and/or social space », Lippi-Green 1997 : 142), la notion d’« accent » est souvent invoquée dans les discours ordinaires autant, voire plus, pour ce qu’elle symbolise que pour sa réalité phonétique. Quel que soit l’acteur social qui en est à l’origine, catégoriser une pratique comme « un accent », en méconnaissant les potentielles variations stylistiques, permet de la rendre visible et de la minorer en l’associant à un stigmate social et, corolairement, de rendre invisibles d’autres pratiques considérées comme non marquées qui jouiront d’un statut valorisé par défaut (« sans accent »). « Avoir un accent régional, dans un pays marqué par une idéologie centralisatrice et monolingue, c’est être enfermé (par ceux qui dénient avoir un accent) dans une altérité sinon dégradante, du moins folklorique, risible et peu sérieuse. » (Gasquet-Cyrus, 2012 : 241).

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En français, les locuteurs et locutrices légitimes (au sens de Bourdieu) n’ont pas d’accent ; pour caractériser la variabilité de leurs prononciations, on parle plus volontiers de style. En effet, à l’opposé du processus sémiotique qui rend l’accent saillant et conduit à le minorer, catégoriser une pratique comme un style permet de la rendre visible et de la valoriser, de l’associer à une forme d’agentivité distinctive, à un mérite ou à une originalité.
Or, que l’on parle d’accents (étrangers ou régionaux) ou de styles de parole, on parle en premier lieu de processus de catégorisation des êtres humains eux-mêmes. L’utilisation de la catégorie accent revient à focaliser l’attention sur les déterminismes que subissent les individus concernés, à escamoter leur agentivité, leur capacité d’affiliation et leur aptitude à la variation stylistique ; l’utilisation de la catégorie style revient à focaliser, au contraire, l’attention sur l’agentivité et la recherche d’individuation et à ignorer tous les déterminismes subis par ailleurs. L’étude de la prononciation devrait dès lors prendre en compte la complexité des processus de catégorisation des êtres humains et intégrer une approche dialectique de l’agentivité et des déterminismes.
Nombre de locuteurs partagent une connivence tacite sur le fait de savoir qui a un accent et qui n’en a pas, comme s’il s’agissait d’un phénomène directement observable et mesurable sur une échelle objective. Pour Boyer (2015 : 12), « si l’“accent” relève bien de la variation sociolinguistique, il relève surtout d’une évaluation de cette variation faite par les usagers de la langue, singulièrement par ceux qui pensent ne pas avoir d’“accent” ». Rarement ces usagers ont-ils conscience de ce mythe qu’est « l’absence » d’accent (Lippi-Green 1997) ou de percevoir cette variation au travers des cadres idéologiques et culturels dans lesquels ils/elles sont socialisé.e.s.

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Bien qu’il fonctionne comme un acte de localisation[1 ] (Auer, 2013 : 10) et qu’il soit donc souvent associé de façon exclusive à une dimension spatiale, un accent régional est aussi un phénomène éminemment social. Si c’était un phénomène strictement territorial, sans doute n’y aurait-il pas de territoires « sans accent », et l’origine géographique de tout locuteur pourrait être aisément inférée sur la base de sa prononciation. En outre, la stratification sociale étant le plus souvent territorialisée, notamment en Europe, on constate une forte tendance à effacer (au sens de Gal et Irvine)[2] la dimension sociale des habitudes de prononciation présentées comme régionales (en Belgique, en France, en Suisse) ou locales/spatialisées. Par exemple, le syntagme « accent de banlieue » repose sur un double processus d’iconisation et d’euphémisation qui permet de désigner des locuteurs sans faire référence à leur origine sociale et sans avoir recours à une racialisation explicite. Ces processus d’effacement permettent de ne jamais parler d’accent social et de ne jamais parler d’accent de pouvoir, ce qui mérite d’être questionné.

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Ce numéro propose donc d’étudier ce qu’on appelle communément « les accents » à travers des approches qu’on peut qualifier de sociolinguistiques critiques (Heller 2002, Heller et Duchêne 2012), et en se réclamant des théories américaines de l’anthropologie linguistique (Irvine et Gal 2000, Woolard 2008), ou encore de ce que Penelope Eckert désigne comme la troisième vague de la sociolinguistique (« arguing that (a) variation constitutes a robust social semiotic system, potentially expressing the full range of social concerns in a given community » - Eckert 2012). La notion d’accent demeure ambigüe et nécessite d’être davantage conceptualisée et problématisée. Malgré le fait que l’« accent » soit utilisé comme catégorie de sens commun, censée s’imposer à l’observation comme une évidence, sa consistance empirique peut même être remise en question (Gasquet-Cyrus 2010, Candea 2017). Dans la mesure où il représente en fait le résultat d’une construction idéologique, culturelle et sociale qui opère dans différentes sphères (sociales, institutionnelles, médiatiques, etc.), l’accent est une catégorie qui peut être négociée, voire réappropriée, par les locuteurs concernés (Planchenault 2012, 2015).

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Avant d’être envisagés en termes phonétiques, les accents seront envisagés en termes :
- d’appartenance et d’affiliation, d’allégeance et de loyauté (à une communauté géographique ou à un groupe social).
- d’authenticité et de légitimité : l’accent est tantôt évalué en termes de qualité et en relation avec ce qui est considéré comme une norme nationale, régionale ou sociale, tantôt instrumentalisé par les locuteurs eux-mêmes comme par des acteurs institutionnels ou économiques comme gage d’authenticité et/ou comme valeur marchande.

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Grâce notamment aux données rassemblées les quinze dernières années par les enquêtes du projet PFC (Phonologie du français contemporain), nous disposons à présent d’un grand nombre d’observations empiriques sur la variation phonétique régionale en français, dans la francophonie (Durand, Laks, Lyche 2009, Simon 2012). Mais les descriptions phonétiques des variantes de prononciation ne permettent pas, à elles seules, de comprendre les dimensions discriminatoires ou les évaluations péjoratives indissociables de l’identification d’un « accent » en français, ni de comprendre le rôle des habitus langagiers dans le maintien versus la contestation des hiérarchies et des normes. Pour comprendre les dynamiques en cours, il est nécessaire d’analyser la mise en place des consensus apparents au sujet des accents à travers l’étude de la production langagière, de la perception de la parole, et des idéologies partagées.
C’est dans ce cadre que les études détaillées sur les dynamiques en cours (nivèlement ou différenciations, Boughton 2005, Remysen 2016) dans la production ou la perception des « accents » pourront prendre tout leur sens.

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Axes de travail

Les propositions de textes, études de cas et contributions théoriques, pourraient s’articuler autour des axes de travail suivants.

L’accent comme lieu d’actualisation des rapports sociaux (de solidarité, de domination, de séduction ou de répulsion...) :
- Légitimité et accès à des ressources ou à des positions de pouvoir des locuteurs avec/sans accent : capital culturel et valeur symbolique des accents.
- Discrimination fondée sur l’accent, glottophobie, « accentism » (terme défendu par A. Baratta, http://accentpride.co.uk/), native-speakerism comparaison avec d’autres types de discriminations (fondées sur la race, l’ethnicité, le sexe, etc.).
- Commodification des accents dans les médias (par exemple cinéma, chanson, publicité), et de manière générale sur le marché de la culture (marchandisation de l’authenticité) : valeur économique des accents.
- Performances d’accents, appropriation culturelle, réappropriations : logiques de profit et de fierté (Heller et Duchêne, 2012).
- Accents régionaux et/ou sociaux et genre : influence des normes genrées sur la production et la perception des accents, négociation de ces normes dans l’interaction.

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Dynamiques des accents dans les différentes aires francophones :
- Perspective diachronique : évolutions des accents (tendances au nivèlement, tendances à la différenciation) dans un pays, une région, ou une zone géographique (quartier, etc.), négociations, conflits, discours sur la perte ou le maintien etc.
- Études faites dans différentes sphères sociales : école, médias, productions artistiques, accès à l’emploi, marché du travail.

Relations entre accent et identité :
- Agentivité des locuteurs et locutrices, capacité à apprendre ou désapprendre un accent en relation avec le mythe du locuteur « natif » ou « authentique »
- Analyse de l’accent en termes de variation stylistique, positionnement des locuteurs par rapport à la variation entre différents accents ou à la capacité à inhiber vs exagérer un accent
- Analyse des discours épilinguistiques sur l’accent comme caractéristique intrinsèque des personnes ou comme performance, sur l’acquisition ou sur la perte.
- Ambivalence des valeurs associées aux accents (positive, négative, variable)

Nous encourageons des soumissions s’inscrivant dans différents cadres théoriques qui problématisent les processus de catégorisation sur lesquels repose l’identification des accents.

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Références bibliographiques
Auer, Peter (2013). « The Geography of Language: Steps toward a New Approach ». FRAGL: Freiburger Arbeitspapiere zur Germanistischen Linguistik (16). http://portal.uni-freiburg.de/sdd/fragl/2013.16.
Boudreau, Annette (2016). À l’ombre de la langue légitime. L’Acadie dans la francophonie. Paris, Classiques Garnier.
Boyer, Henri (2015). « Vous venez d’où pour avoir cet accent ? » Lengas, 77.
Boughton, Zoë (2005). « Accent levelling and accent localisation in northern French: Comparing Nancy and Rennes ». Journal of French Language Studies 15 (03): 235-56.
Bucholtz, Mary (2003). « Sociolinguistic nostalgia and the authentification of identity ». Journal of Sociolinguistics, 7(3) : 398-416.
Candea, Maria (2014). « Discours sociolinguistiques et discours profanes face à la variation stylistique dans la prononciation du français ». Lidil. Revue de linguistique et de didactique des langues, no 50 : 45-61.
Candea, Maria (2017). La notion d’« accent de banlieue » à l’épreuve du terrain. Glottopol, n°29.
Coupland, Nikolas (2001). « Language, situation and the relational self: theorizing dialect-style in sociolinguistics ». Dans Penelope Eckert et John R. Rickford (eds), Style and Sociolinguistic Variation, Cambridge: Cambridge University Press, 185-210.
Eckert, Penelope (2012). « Three Waves of Variation Study: The Emergence of Meaning in the Study of Sociolinguistic Variation ». Annual Review of Anthropology, 41: 87-100.
Eckert, Penelope (2016). « Variation, meaning and social change ». Dans : N. Coupland (Ed.), Sociolinguistics: Theoretical Debates, Cambridge: Cambridge University Press. pp. 68-85.
Fries, Susan et Christine Deprez, (2003). « L’accent étranger : identification et traitement social en France et aux Etats-Unis », dans Jacqueline Billiez, Didier de Robillard(éds.), Français : variations, représentations et pratiques, ENS Editions, 89‑105.
Gasquet-Cyrus, Médéric (2010). « L’accent : concept (socio)linguistique ou catégorie de sens commun », dans H. Boyer (dir.), Pour une épistémologie de la sociolinguistique, Limoges, Lambert-Lucas : 179-188.
Gasquet-Cyrus, Médéric (2012). « La discrimination à l’accent en France : idéologies, discours et pratiques », Carnets d’Atelier de Sociolinguistique, 6 : 227-246.
Heller, Monica (2002). Éléments d’une sociolinguistique critique. Paris, Éditions Didier.
Heller, Monica & Alexandre Duchêne (2012), Language in Late Capitalism : Pride and Profit, Routledge.
Irvine, Judith & Susan Gal (2000). « Language ideology and linguistic differentiation », in P. V. Kroskrity (ed.), Regimes of language: Ideologies, polities, and identities, Oxford, James Currey, 35-83.
Jaffe, Alexandra (2013). « Sociolinguistic diversity in mainstream media: Authenticity, authority and processes of mediation and mediatization ». Dans Helen Kelly-Holmes et Tommaso M. Milani (eds), Thematising Multilingualism in the Media, 562-586. John Benjamins.
Jodelet, Denise (1989). « Représentations sociales : un domaine en expansion ». In D. Jodelet (éd.), Les représentations sociales, Paris : Presses Universitaires de France, 31-61.
Lippi-Green, Rosina (2012 [1997]). English with an accent. Routledge.
Planchenault, Gaëlle (2012). « Accented French in films: Performing and evaluating in-group stylisations. Multilingua 31 (2-3) : 253-275.
Planchenault, Gaëlle (2015). Voices in the Media: Performing French Linguistic Otherness. London: Bloomsbury.
Rampton, Ben (1990).« Displacing the ‘native speaker’: expertise, affiliation, and inheritance ». ELT Journal 44 (2) : 97-101
Remysen, Wim (2016) « Langue et espace au Québec : les Québécois perçoivent-ils des accents régionaux ? », Lingue, culture, mediazioni, Milan (Italie), numéro spécial (Espaces réels et imaginaires au Québec et en Acadie : enjeux culturels, linguistiques et géographiques, dirigé par Dino Gavinelli et Chiara Molinari), 31-57.
Simon, Anne Catherine (2012). La variation prosodique régionale en français. Bruxelles : De Boeck Duculot.
Trimaille, Cyril, Maria Candea, et Iryna Lehka-Lemarchand (2012). « Existe-t-il une signification sociale stable et univoque de la palatalisation/affrication en français ? Étude sur la perception de variantes non standard », Actes du CMLF. Lyon.
Trimaille, Cyril, et Jacqueline Billiez (2007). « Pratiques langagières de jeunes urbains : peut-on parler de « parler » ? ». In Les français en émergence, édité par Chiara Molinari et Enrica Galazzi, Berne: Peter Lang, 95-109.
Woolard, Kathryn (2008). « Why dat now?: Linguistic-anthropological contributions to the explanation of sociolinguistic icons and change ». Journal of Sociolinguistics 12(4): 432-452.

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Calendrier

Possibilité d’envoi de propositions résumées avant mi-novembre pour notification d’acceptation : mi-décembre 2017. Cette procédure, facultative, permet d’avoir un premier retour des éditeurs du numéro mais n’engage pas la recevabilité des textes qui seront soumis à double expertise en anonyme à compter de mai 2018.
Réception des articles complets : fin avril 2018
Publication prévue pour janvier 2019


[1] Pour Auer, un acte de localisation est un « processus par lequel un locuteur produit des signes linguistiques dotés d’une valeur indexicale qui peut être interprétée en termes géographiques et un processus par lequel le récepteur de ces signes les interprète comme indice d’un certain lieu ou espace ».

[2] On peut penser également aux effets de distorsion ou de défalcation mis en évidence dans l’étude des représentations sociales (Jodelet, 1990).

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Numéro 32

Glotopolítica - Langage et luttes sociales dans l’espace hispano-lusophone

Numéro coordonné par Elvira Narvaja de Arnoux, Jose del Valle, Alexandre Duchêne (Universitad de Buenos Aires, Argentine ; City University of New York, USA ; Université de Fribourg, Suisse)

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Llamada a contribuciones (espagnol)

Problématique

En 2000, Elvira de Arnoux, professeure d’analyse du discours à l’Université de Buenos Aires publiait un article fondateur intitulé « La Glotopolítica : transformaciones de un campo disciplinario ». Dans cet article, l’auteure pose les bases de la Glotopolítica s’appuyant pour cela sur l’article tout aussi fondateur de Guespin et Marcellesi publié dans Langages en 1986. De Arnoux souligne d’emblée l’importance de leurs travaux, revendiquant une filiation qui dépasse l’usage usuel du terme glottopolitique pour endosser le programme proposé par ces deux auteurs. Cependant, De Arnoux, déjà, propose une extension de leur approche en invitant à repenser radicalement les sciences du langage, en mettant au cœur de cette entreprise une focale sur l’histoire des idées linguistiques comme foncièrement ancrée dans une analyse des conditions politiques et des effets de domination que ces idées produisent, en questionnant les conditions matérielles de production des discours sur la langue, de même qu’en considérant que l’étude du langage s’accompagne d’un engagement politique assumé. Cet article, de même que les activités de recherche du groupe de Buenos Aires, ont rapidement trouvé un écho dans d’autres parties de l’Amérique latine, mais aussi auprès de sociolinguistes aux États-Unis travaillant sur l’histoire politique et sociale de la langue espagnole, tel que le professeur Jose del Valle, de la City University of New York. Ces rapprochements intellectuels ont alors donné lieu à des colloques de Glotopolítica au Chili, en Colombie et plus récemment en Allemagne, de même qu’à la création récente d’un Anuario de Glotopolítica. Loin d’être un champ homogène, la Glotopolítica, au contraire, propose différentes lignes de force, informées par les ancrages socio-politiques dans lesquels ce savoir est produit, permettant ainsi un dynamisme de recherche et d’engagement qui permet d’éviter l’orthodoxie intellectuelle.
Cette proposition de numéro thématique cherche donc à rendre compte de ces travaux, qui, en partie, renvoient à une certaine histoire des idées sociolinguistiques francophones mais qui cherchent également à proposer des pistes nouvelles dans notre compréhension des liens entre langage, politique et société. En ce sens, il ne s’agit pas ici de proposer des études de cas sur l’Amérique latine ou plus généralement sur le monde hispano-lusophone ou d’« exposer » les particularismes de cet espace. Il s’agit au contraire de s’engager sur une réflexion plus générale sur ce que ces travaux nous permettent de comprendre sur nos réalités glottopolitiques et sur l’apport de ces approches pour l’avancée de notre champ. Cette entreprise s’inscrit en ce sens dans un déplacement de la circulation du savoir héritée de notre histoire coloniale allant généralement du nord vers le sud pour envisager une circulation complémentaire du sud vers le nord.

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Ce numéro s’organise autour de quatre axes thématiques :

1. Luttes de champs : Sciences du langage, Glottopolitique et Glotopolitica

La première série de contributions portera sur l’analyse de la circulation du concept de glottopolitique dans le champ de l’espace hispanico-lusophone. L’idée ici est de mieux comprendre comment ce concept a circulé, comment il a été réceptionné et transformé. Cette approche de la question s’inscrit intiment dans la démarche de Glotopolítica, proposant ainsi une certaine histoire politiquement située de ce concept. Elle permettra également de mieux comprendre le rôle des espaces de production du savoir en Amérique Latine. Si des chercheurs en Glotopolítica (tels que Juan Antonio Enis ou encore Dario Rojas) ont documenté le rôle des linguistes allemands tels que Rudolf Lenz, ou encore Schuchardt, dans l’établissement de la discipline linguistique et philologique sur ce continent, cette section se propose de réfléchir à l’influence des travaux francophones sociolinguistiques sur la Glotopolítica. Cependant il conviendra également de montrer en quoi cette circulation ne constitue pas un simple transfert mais bel et bien la constitution d’un champ propre, bien que nécessairement et volontairement hétérogène, situé au sein de luttes académiques et politiques.

2. Luttes institutionnelles : autorités linguistiques et enjeux géopolitiques

Cette section a pour objectif de présenter une série de travaux emblématiques portant sur le rôle des institutions d’autorité sur la langue. Un accent particulier sera mis sur l’analyse historique des académies linguistiques et soulignera le rôle des expert-e-s (linguistes, philologies, politologues) dans la conception de ce qui compte comme langue espagnole et portugaise dans des espaces marqués par des luttes de pouvoir et des relations postcoloniales.

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3. Luttes politiques : le pouvoir de la langue et des mots dans des espaces en tension

Cette section portera sur la question de l’engagement politique et ceci de deux manières. La première porte sur l’engagement politique au sein du champ de la linguistique, et l’idée que la transformation de la discipline constitue un projet politique nécessaire. La seconde portera sur la Glotopolítica comme action sur le politique, à l’appui d’études qui soulignent comment ce type de recherche contribue, et sous quelles conditions, à des luttes politiques.

4. La traduction comme lutte : comprendre et interpréter comme acte glottopolitique

Dans la mesure où l’ensemble du numéro présuppose un travail de traduction, cette section va se pencher sur l’acte de traduire, compris à la fois comme geste technique, mais aussi et surtout comme un processus interprétatif où se déploient des enjeux politiques, économiques et certainement épistémologiques. La section s’interrogera alors sur les liens entre régimes de vérité et traductibilité ainsi que sur les conditions glottopolitiques de l’accès au savoir, permettant ainsi de questionner ce que « comprendre » veut dire d’un point de vue sociolinguistique.
Format
Dans la mesure où ce numéro a pour objectif de faire connaitre des travaux peu réceptionnés dans le monde francophone, ce numéro propose d’alterner des traductions en français de textes déjà publiés en langue espagnole et portugaise avec des textes originaux rédigés, pour ce numéro, par des chercheur-e-s travaillant dans le champ de la glotopolitica, textes qui seront mis à disposition dans la langue de rédaction et en langue française. Par ailleurs, et afin de susciter un dialogue trans-continental chaque section thématique sera conclue par un commentaire/dialogue, élaboré par deux chercheur-e-s, l’un-e issu-e de l’espace hispano-lusophone, l’autre de l’espace francophone.

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Calendrier

Réception des contributions : 30 septembre 2018
Publication : juillet 2019

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Conseils aux auteurs

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Acheminement des contributions

Les contributions doivent nous parvenir sous la forme de fichiers attachés àun courrier électronique. Elles doivent répondre aux appels à contribution annoncés (Glottopol n'a pas de rubrique Varia).

Les contributions doivent être écrites dans la mesure du possible en français. De même les citations d'auteurs étrangers doivent être traduites en français en note ou dans le texte (avec le texte d'origine en note). Toutefois, sous réserve de la disponibilité des membres de notre comité de rédaction compétents, nous acceptons les contributions rédigées en anglais, en espagnol, en italien, en portugais, en catalan et en allemand. Dans ce cas, les auteurs devront pouvoir fournir un résumé long (1 à 2 pages) en français.

Les articles seront accompagnés d'une fiche de présentation :
  - Nom et prénom de l'auteur ;
  - Adresse électronique ;
  - Organisme de rattachement (université, laboratoire, groupe de recherche ...) ;
  - Notice biographique (50 mots) ;
  - Résumé de l'article (150 mots) ;
  - Mots clés.

Les articles peuvent être aux formats suivants :
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  - Rich Text File [*.RTF] ;

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Lorsque l'article contient des documents autres que du texte (images, tableaux, figures), vous pouvez les insérer dans le texte s'ils ne sont pas trop volumineux. Vous pouvez aussi signaler simplement leur emplacement dans le texte. Dans les deux cas, il est indispensable :
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Bibliographie : Police Times 12 points, sans couleurs, sans attributs (gras et italiques sont acceptés pour des mises en relief) ; paragraphe justifié, pas de retrait, pas d'espacement, retrait de première ligne négatif = 0,5 cm, interligne simple.

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Les contributions reçues font d'abord l'objet d'une validation par le responsable du numéro, qui vérifie l'inscription dans la thématique annoncée et le respect minimal des règles déontologiques, des attendus d'un article scientifique (données, sources, etc.) et des normes formelles d'écriture.
Les contributions sont ensuite données à évaluer à un comité de lecture constitué pour chaque numéro. Deux relecteurs évaluent chaque article de façon anonyme. Les évaluations sont adressées aux auteurs en préservant l'anonymat des relecteurs.
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Dernière mise àjour :

8 janvier 2018

 

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