Revue de sociolinguistique
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Université de Rouen

Laboratoire Dysola


Appels à
contributions

 


Sommaire





   glottopol@gmail.com

 

ISSN : 1769-7425

 

 

Numéro 28  : Épistémologies et histoire des idées sociolinguistiques
Numéro 29  : Parole de jeunesse - La part langagière des différentiations sociales
Conseils aux auteurs

 

Numéro 28

Épistémologies et histoire des idées sociolinguistiques 

Numéro coordonné par Didier de Robillard

****** Pour une meilleure anticipation et organisation du processus de publication (notamment, pour éviter des articles trop proches thématiquement, et éventuellement mieux articuler les textes entre eux, etc.), il est souhaitable que celles et ceux qui ont l’intention de participer à ce numéro envoient au préalable une manifestation d’intention de participation à D. de Robillard (derobillard@univ-tours.fr) au plus tard le 19 décembre 2014. Il suffira d’envoyer un document mentionnant le nom de l’auteur(e) ou des auteur((e)s), son (leur) institution de rattachement, le titre envisagé, et éventuellement quelques lignes de synopsis de l’article en gestation.
Conformément à la politique éditoriale de Glottopol, des textes pourront toujours être soumis sans manifestation d’intention préalable, et donc sans autre formalité, le 30 septembre 2015. ******

Télécharger le texte de l'appel à contribution (français)

Les « idées sociolinguistiques »[1 ] ont été jusqu’ici assez peu étudiées, comparées, critiquées, confrontées, à l’exception de l’ouvrage édité par H. Boyer[2 ] dont ce n’est pas cependant exactement le propos, et de travaux ponctuels et sporadiques (par exemple et parmi d’autres, L.-J. Calvet, J. Boutet, D. de Robillard[3 ])[4 ]. De même, les notions, concepts, de l’épistémologie générale ont peu été mis à contribution pour interpréter la façon de construire des connaissances en sociolinguistique.
Il s’agit, dans ce numéro de Glottopol, de stimuler ce travail, en thématisant, comme on a pu le faire pour la linguistique (S. Auroux[5 ]), ou pour l’historiographie[6 ] les « idées sociolinguistiques », les débats, enjeux, notions controversées, etc.
Le choix, dans cet appel, est délibérément fait d’ouvrir le champ au maximum, autour de quelques orientations, non exclusives, qui concernent aussi bien les épistémologies[7 ] de la / des sociolinguistique(s)[8 ] que l’histoire des idées sociolinguistique.

(Pré)histoire(s) :

On pourrait commencer par faire l’histoire de la non-histoire : pourquoi la sociolinguistique ne s’est-elle pas beaucoup intéressée à son histoire jusqu’ici ? Doit-on y déceler des enjeux liés à ce que cette histoire ne soit pas faite, des filiations prises pour des allants de soi risquant de se voir ébranlées si on la faisait, etc. ?
Ensuite, on pourra s’intéresser aux éléments d’histoire (éventuellement plurielles, parce que divergentes, contradictoires, variables selon les traditions intellectuelles, culturelles, nationales, linguistiques) : biographies intellectuelles, publication de recueils de témoignages de pionniers, et d’analyse, comparaison, éléments de « préhistoire ». Par exemple, ne peut-on défendre l’idée que, bien avant la lettre, la sociolinguistique se pratiquait déjà de manière implicite[9 ], dès lors qu’il a bien fallu une analyse de situations sociolinguistiques, pour que, par exemple, l’idée vienne à Alcuin de proposer à Charlemagne l’enseignement du latin litteraliter, ou que Palsgrave décide l’écriture de sa « grammaire de FLE », en identifiant un public-cible en Angleterre ? On peut également défendre l’idée qu’une période de forte fièvre sociolinguistique est celle de la Réforme en Europe, pendant laquelle on débat pour savoir si le sens des textes sacrés appartient aux autorités (religieuses) surtout, ou, plus démocratiquement, à tous ceux qui savent lire[10 ]. Il ne s’agit ici que d’un exemple parmi de nombreux autres (le travail dialectologique, notamment, ou les enquêtes de Grégoire en France pourraient être examinés à ce titre), qui peuvent témoigner de la grande ancienneté des préoccupations sociolinguistiques.

Sources, influences, croisements, (re)lectures explicites et implicites, réinterprétations :

nuançant l’idée communément admise selon laquelle c’est principalement le « terrain » qui fait évoluer les disciplines, on pourrait assez facilement montrer que la plupart des disciplines actuelles des sciences humaines et sociales doivent beaucoup dans leur forme et leurs métamorphoses à des « laboratoires d’idées », notamment à la réflexion épistémologique et celle qui est habituellement appelée « philosophique », dont le statut serait peut-être à reconsidérer (F. de Saussure peut être considéré comme un philosophe à certains égards, tout comme Ch. S. Peirce ou J.L. Austin sont souvent tenus pour des linguistes). Ainsi par exemple, les travaux (états-uniens) de Ch. S. Peirce et de G.-H. Mead, dans le courant pragmatiste, qui est un des courants les plus clairement élaborés dans une seule tradition nationale, influencent beaucoup la façon dont sont lus les écrits (d’inspiration plus européenne) d’E. Husserl lorsqu’ils parviennent aux USA, notamment avec A. Schütz quand il y émigre. Cela va influencer l’ethnométhodologie à travers H. Garfinkel (qui relit E. Husserl à sa façon). Les idées sociolinguistiques sont souvent liées à des dimensions « interculturelles » dans la mesure où elles sont reçues dans une historicité particulière, pour répondre à des besoins spécifiques, combattre des influences jugées nocives. L.-J. Calvet considère ainsi que la sociolinguistique naît en réaction à une crainte d’hégémonie générativiste, tout en demeurant fascinée par elle dans sa forme labovienne, qui se conçoit comme complémentaire de « la » linguistique. Le labovisme ne propose donc pas une « autre » façon de concevoir la linguistique.
Les idées sociolinguistiques essaiment, voyagent, sont traduites, interprétées ailleurs, pour d’autres besoins, combats, qui peuvent finir par en transformer le sens. Ces interprétations sont parfois présentées, argumentées, explicitées, revendiquées en tant qu’interprétations, parfois pas, et il faut se demander, par exemple, pourquoi les théories nord américaines importées en Europe sont sans doute réinterprétées, mais sans que cela soit explicité (quels sont les enjeux de cette implicitation ?). Quels rapports entre la forte influence marxiste qui a marqué la sociolinguistique française, et certaines lectures des premiers travaux de W. Labov ? Comment l’interactionnisme symbolique est-il lu en Europe, à une époque de marxisme déclinant ? Quels sont les emprunts effectués entre la sociolinguistique et d’autres disciplines, pourquoi, à quelles transformations cela a-t-il donné lieu ? Jusqu’où peut-on considérer avec L.-J. Calvet[11 ]que les emprunts effectués par la sociolinguistique ont été essentiellement « méthodologiques » ? Peut-on considérer qu’il existe des colorations de la sociolinguistique selon des influences culturelles (par exemple, relecture de l’insécurité linguistique labovienne par des sociolinguistes francophones), des traditions nationales (forte influence de la dialectologie dans les pays où cette tradition a joué un rôle politique comme en Allemagne), les spécificités de certains terrains (sociolinguistiques catalane, créoles, sociolinguistique des langues à modalité gestuelle) ?

Débats : Quels sont les grands débats qui ont structuré l’histoire de la sociolinguistique (Staline vs Marr, Austin vs Bourdieu, Bernstein vs Labov…). Compte tenu d’une ambiance contemporaine fortement consensualiste, quels sont les débats d’idées qui mériteraient d’avoir lieu aujourd’hui, mais sont escamotés, étouffés, pour quelles raisons, pour sauvegarder quels intérêts, quelles unités de façade, quelles hégémonies théoriques et épistémologiques, quels « marchés » d’expertises et sources de financement de la recherche, quels débouchés professionnels pour les sociolinguistes ? Quelles sont les différences de fond qui importent aux sociolinguistes se référant à des courants différents, par exemple à l’interactionisme symbolique d’une part et d’autre part à l’ethnométhodologie ? Quelles sont les convergences qui font qu’on peut malgré tout parler de sociolinguistique(s) ?

Enjeux : Quels sont les enjeux affichés de ces relectures, débats, transferts interdisciplinaires, mobilisation de ressources ? Les débats de « laboratoire d’idées » peuvent-ils demeurer seulement intellectuels, ou exercent-ils une influence, parfois médiate, et sur le moyen-long terme, sur le plan pratique ? On pourrait évoquer enfin les enjeux, pour une spécialité ou discipline, de faire elle-même son histoire ou non, de réfléchir elle-même à ses problèmes épistémologiques, des conséquences que cela peut avoir (alliances, tutelles disciplinaires), y compris sur le plan politique. B. Latour[12 ] évoque ainsi l’appui conféré par les sciences humaines qu’il qualifie de « national-rationalistes » à la République française, et la difficulté éprouvée par les sciences humaines et sociales françaises (et peut-être francophones ?) à s’ouvrir à d’autres épistémologies, pragmatistes par exemple. Jusqu’où est-ce important / périlleux pour la sociolinguistique de revendiquer une autonomie ?

Epistémologies, sociolinguistiques, langues et cultures : On peut, de manière complémentaire, songer à retourner la sociolinguistique des contacts de langues et des cultures sur elle-même, afin qu’elle se demande, comme l’ont fait récemment un certain nombre de sociolinguistes[13 ]jusqu’où les épistémologies et méthodologies mises en œuvre par les sociolinguistes sont indépendantes des langues et traditions culturelles dans lesquelles ces recherches se font, à propos desquelles elles se font. Cela suggère des réflexions articulant plusieurs points de vue : politologiques, historiques, anthropologiques, géopolitiques, etc. On peut en effet se demander, par exemple, jusqu’où il peut être indifférent qu’une certaine forme de sociolinguistique quelconque se fasse dans telle(s) ou telle(s) langue(s), notamment lorsque la sociolinguistique d’une langue minorée se fait dans une langue dominante, ou dans « sa » langue dominante. Ou, en d’autres termes, les idées sociolinguistiques pourraient-elles échapper à l’une des grandes leçons de la sociolinguistique, qui est que tout est « contextualisé » et historicisé, en étant, elles (les idées sociolinguistiques), indépendantes de toute situation, de toute historicité, neutres ou universelles ou universalisables (ce qui renverrait à un certain type d’épistémologie et de conception de ce qu’est la recherche assez éloigné de bien des habitudes de pensée sociolinguistiques) ? A cet égard, des contributions concernant les espaces de contacts de langues et de cultures où sont coprésentes et fortement implantées des traditions de recherche différentes seraient particulièrement bienvenues (Canada notamment). On pourrait également, comme le thématise parfois P. Blanchet, se demander jusqu’où les organes de publication des recherches sociolinguistiques ne sont-ils pas contradictoires en exerçant des formes de purisme linguistique face aux textes qu’ils publient, notamment quand il s’agit d’articles publiés par des auteurs bilingues, à qui il est difficile de reprocher de ne pas écrire « comme un natif » ? Dans quelle mesure cela fait-il place à la variation et à la diversité que la sociolinguistique s’est donné pour tâche de mettre en relief en en soulignant les enjeux ? Dans cette veine on pourra aussi se demander si on est sociolinguiste de manière identique ou analogue indépendamment de la manière que l’on a de s’identifier sur le plan genré, comme minoritaire et / ou majoritaire, selon sa ou ses classes sociales de référence, tendanciellement monolingue ou plurilingue, et selon les statuts respectifs des langues composant ce plurilinguisme (etc., les paramètres étant nombreux) ? Comment les sociolinguistes assument-il / elles leurs identités de référence et celles qui leur sont assignées, tant celles « visibles » et « invisibles » ?

Combien de divisions ? : Une partie de ces questions conduit, en bonne logique sociolinguistique, qui tend souvent à pluraliser là où on tendrait à masquer les enjeux de l’unicité, à se demander jusqu’où on peut encore parler de « la » sociolinguistique, pourquoi on pourrait vouloir continuer à le faire, et quels seraient les arguments pour parler plutôt de sociolinguistiques au pluriel, selon le type d’enjeux, de situations, de langues traitées, et de langues d’élaboration et de publication des recherches.

Epistémologie de la sociolinguistique et publications : La question ci-dessus débouche sur une dernière. On peut également se demander, si l’un des axes forts de la sociolinguistique consiste à mettre en valeur la variation, la diversité dans les langues, langages, discours, paroles, etc., quel regard porte la sociolinguistique sur les modalités d’évaluation des articles proposés à des revues[14 ], et dont les modalités semblent s’uniformiser, en dépit des traditions linguistiques, intellectuelles, culturelles différentes. En effet, les modalités qui se sont pratiquement universalisées de nos jours privilégient des évaluations décontextualisées, déshistoricisées, en double aveugle, et par des pairs. Cela suppose donc que des discours soient pleinement compréhensibles de manière indépendante des situations, de la connaissance des enjeux (l’auteur est-il un vieux professeur chevronné pour qui une publication ne représente aucun enjeu, ou une jeune doctorante en quête de ses premières publications ?), ce qui est évidemment en tension assez forte avec l’ensemble des positions de la sociolinguistique. Ces considérations ouvriraient la porte à d’instructives études de cas (ex. : étude longitudinale d’un processus de publication), études de discours éditorial des revues sur leur politique de sélection d’articles, études d’argumentation en faveur de ce système, par des sociolinguistes, qui défendent par ailleurs l’inverse. Enfin, on peut penser à une question qui a agité d’autres disciplines (l’histoire, l’anthropologie…) mais très peu la (socio)linguistique. Il s’agit de celle des modalités des écritures de la recherche sociolinguistique, qui, là aussi en dépit de son orientation vers les enjeux de la variation et de l’hétérogénéité, ne s’est guère posé la question de l’homogénéité de ses propres modalités d’écriture de recherche. La variabilité ou l’invariabilité des écritures de travaux sociolinguistiques mériterait d’être traitée. L’écriture d’un(e) jeune chercheur(e) épouse-t-elle les mêmes modalités que celle d’un « vieux » chercheur ? Un(e) chercheur(e) de culture et de langue créole est-elle distinguable, de celle d’un(e) chercheur(e) francophone, ou cas fréquent, d’un(e) chercheur(e) franco-créolophone ? Un(e) labovien(ne) se distingue-t-elle d’un(e) constructiviste, hormis quelques inévitables mots-clés bien entendu ?

Bien entendu, ces quelques orientations sont indicatives et ne sont nullement limitatives ; elles illustrent la richesse d’un champ assez nouveau, à explorer, plein de promesses, et visent à susciter la créativité en matière de thématiques liées à ces questions.

Notes
[1 ] Il n’existe sans doute pas, ou alors très peu, d’idées spécifiquement « sociolinguistiques », et c’est le cas pour les autres disciplines : la culture n’est pas une idée anthropologique, l’histoire n’est pas plus l’apanage des démarches historiques que les langues celui des linguistes. Cependant cette expression est commode pour pointer vers un champ d’idées qui organisent une activité intellectuelle, sans pour cela qu’il soit impératif d’en revendiquer le monopole. Elle est empruntée à S. Auroux, qui lui-même, s’inspire sans doute des courants d’ « histoire des idées », en spécifiant disciplinairement le terme.

[2 ] Boyer, H., éd., 2009, Pour une épistémologie de la sociolinguistique, Limoges, Lambert-Lucas.

[3 ] Calvet, L.-J., 1999, « Aux origines de la sociolinguistique, la conférence de sociolinguistique de l’UCLA (1964) ». Langage et Société. 88, 25-57. Boutet, J., 2010, « Histoire de la sociolinguistique en France : quelques jalons et filiations ». Dans Gasquet-Cyrus, M., Giacomi, A., Touchard, Y. et Véronique, D. (Éds). Pour la (socio)linguistique (pp. 59-76). Paris : L’Harmattan. Robillard (de), D. (2010). « Fallait-il inventer la sociolinguistique moderne ? Enjeux autour de l’histoire et de la sociolinguistique. » Dans Gasquet-Cyrus, M., Giacomi, A., Touchard, Y. et Véronique, D. (Éds), 2010, Pour la (socio)linguistique (pp. 77-92). Paris : L’Harmattan.

[4 ]Il serait périlleux de se lancer dans un recensement exhaustif et on se borne ici à ces exemples faciles à trouver et illustrant des façons très différentes d’envisager l’histoire des idées sociolinguistiques, dans un même volume. Il serait sans aucun doute pertinent que ce recensement soit effectué, pourquoi pas à travers une contribution à ce numéro de Glottopol ?

[5 ] Auroux, S., 1994, La révolution technologique de la grammatisation. Introduction à l’histoire des sciences du langage. Liège, Mardaga. Ce n’est qu’un exemple d’ouvrage condensant les perspectives dessinées par ce chercheur, qui a animé une équipe bien connue pour ce type de travaux en ce qui concerne la linguistique.

[6 ] Delacroix et alii, 2010, Historiographies. Concepts et débats, Folio.

[7 ] Cette notion connaît des variations selon les traditions, et il peut être opportun pour les auteurs de se situer par rapport à ces différentes acceptions.

[8 ] Plus bas on utilisera par commodité le singulier.

[9 ] Robillard, D. de, 2008, Perspectives alterlinguistiques, vol. 1, Démons, L’Harmattan.

[10 ] Les conséquences sociolinguistiques de ce débat sont d’ailleurs multiples, notamment parce que les idées qui s’y expriment sont diffusées portées par une technologie naissante, celle de l’imprimerie, qui en décuple les effets. Une partie de ces effets rétroagit sur la dimension linguistique, puisque la version « réformatrice » de ce débat va penser indispensable de diffuser les textes sacrés dans les langues « vulgaires », ce qui, avec M. Luther, va contribuer à donner naissance à un embryon de standard de l’allemand.

[11 ] Calvet, L.-J. (1997). « Méthodes ». Dans Moreau, M.-L. (Éd), Sociolinguistique. Concepts de base (pp. 211-212). Bruxelles, Mardaga.

[12 ] Latour, B ., 2003, « Il ne faut plus qu’une science soit ouverte ou fermée, Rue Descartes. Revue du Collège international de philosophie, n° 41, 65 – 79, in R. Pudal, « La sociologie française est-elle pragmatist compatible ? », in Tracés, 15, 2008, 25-45

[13 ] Français et société N° 24, D. de Robillard et P. Blanchet, éds., L’implication des langues dans l’élaboration et la publication des recherches scientifiques. Le cas du français parmi d’autres langues.

Remise des textes

En fichier attaché (voir conseils aux auteurs) en cliquant ici : envoi contribution au n°28
Dernier délai : le 30 septembre 2015.


Prolongements

Pour envoyer vos réactions ou compléments d'information sur la problématique de ce numéro, cliquez ici : réactions au n°28

Numéro 29

Parole de Jeunesse - La part langagière des différentiations sociales 

Numéro coordonné par Michèle Auzanneau, Patricia Lambert et Nadja Maillard

Télécharger l'appel à contribution (français)

Les sciences humaines et sociales observent et analysent sous différents aspects les régimes de sens, les jeux sémiotiques et les types d’interaction impliqués dans la différenciation sociale. Quelle est la part proprement langagière de ces processus ? En quoi le langage et les langues contribuent-ils aux différences sociales ? Quelles dimensions – orales, écrites, multimodales – du langage et des langues y sont impliquées ?
Au sein des sciences du langage, la sociolinguistique figure parmi les principales disciplines contributrices à ce champ de questionnements. Qu’il s’agisse de genres de discours, de pratiques langagières, de langues, de styles de parole, de variantes (prosodiques, phonétiques, lexicales, syntaxiques), de représentations ou d’idéologies linguistiques, les phénomènes sont nombreux à avoir été identifiés, décrits et analysés par cette discipline comme composants d’affiliations ou de différenciations relatives à des groupes et des réseaux sociaux, ou à des styles de vie.

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Ces processus intéresseront particulièrement ce numéro de la revue Glottopol consacré à la « parole » d’une catégorie spécifique de la population, celle dite des « jeunes ». Entendue de manière générique, la jeunesse sera envisagée ici comme une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte, produit des sociétés post-industrielles et de l’allongement moyen de la durée de la scolarisation.
Depuis maintenant plusieurs décennies, des recherches sur la jeunesse, ses aspects socio-identitaires et ses pratiques langagières contribuent à structurer un domaine de recherche à présent fortement internationalisé, et souvent désigné en anglais par l’expression Youth Languages (voir Auzanneau & Juillard, 2012). Les études sur les façons de parler des jeunes sont abondantes en France depuis le début des années 1980, nombre d’entre elles ayant contribué de manière originale et novatrice au domaine. Au fil de sa récente histoire, ce dernier a néanmoins eu tendance à véhiculer une image homogène de la jeunesse contemporaine et de ses modes de socialisation langagière. La diversité sociologique interne de la jeunesse et certaines formes de différenciations sociolinguistiques qui la traversent ont été en effet peu à peu négligées.

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Apports et limites des recherches sur les pratiques langagières de jeunes en France

L’émergence des recherches sur les façons de parler des jeunes remonte aux études de William Labov sur le Black English Vernacular (1972). En France, il est possible de situer la première étude sociolinguistique des usages langagiers de jeunes avec la thèse de Bernard Laks (1980, 1983). Cette recherche sur la différenciation sociale et linguistique au sein d’un groupe d’adolescents a établi de façon convaincante des relations et corrélations statistiques entre des comportements langagiers de jeunes, leurs dispositions sociales et leurs positions par rapport à différents pôles d’identification sociale. Inspirée à différents égards des travaux de Pierre Bourdieu et de William Labov, l’enquête ethnographique déployée avait en effet permis de recouper des données macrosociologiques, des observations directes et des indices langagiers quantifiés pour saisir l’habitus des enquêtés.

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À cette première étude, clairement ancrée dans un courant à la fois variationniste et ethnographique de la sociolinguistique, ont bientôt succédé les travaux grenoblois. En combinant de manière originale l’analyse qualitative des contacts de langues, de la variation et des réseaux socio-communicatifs, ces derniers se sont intéressés aux répertoires communicatifs d’adolescents descendant de personnes migrantes (Dabène & Billiez, 1984 ; Billiez, 1985 ; Merabti, 1991, pour ne citer que les premiers d’une longue série). Ces recherches ont en particulier montré comment des éléments des langues d’origine familiale étaient acquis et investis – pratiquement et symboliquement – au sein de différentes instances d’appropriation et/ou de légitimation (famille, école, pairs), soulignant notamment la manière différenciée dont des filles et des garçons mobilisaient certaines de ces ressources dans des modes de socialisation juvéniles entre pairs, issus ou non des migrations.
Sans pouvoir apporter ici toutes les nuances qu’imposerait un état des lieux approfondi et actualisé de la littérature [1], on se bornera à souligner qu’au cours des trente années qui ont suivi ces premières recherches, une part conséquente des travaux – en sociolinguistique et dans d’autres domaines des sciences sociales – s’est progressivement focalisée sur des éléments jugés hors norme dans les pratiques d’une unique partie de la jeunesse, tendanciellement masculine, paupérisée, urbaine, héritière des migrations postcoloniales, marquée par le sceau de l’oralité et de l’échec scolaire.

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L’intérêt quasi exclusif pour ce segment de la jeunesse dans nombre de recherches peut être relié, entre autres, à l’attention sociolinguistique pour les vernaculaires conçus à travers leur ancrage territorial local et l’homogénéité socioculturelle de leurs locuteurs (Labov, 1978 [1972])[2]. Cependant les différentes formes de « quête » des « parlers ordinaires »[3] n’ont pas toujours permis d’échapper aux écueils contre lesquels Grignon et Passeron (1989) ont mis en garde les chercheurs travaillant sur les milieux populaires. Les réductions opérées ont notamment pu jouer un rôle non négligeable dans le renforcement d’une image mono-stylistique des locuteurs-types des « banlieues ».
Or, que les travaux du domaine soient motivés par la question du rôle spécifique des jeunes dans le changement linguistique ou par celle du rôle du langage dans les changements sociaux, le constat de cette « focalisation sur le déviant » (Billiez et al., 2003) invite à tenter de dresser un portrait sociolinguistique plus complexe de cette jeune génération. Dans cette perspective, il convient de cerner au plus près la diversité sociologique qui la constitue, et la part langagière (Boutet, 2001) des différenciations sociales qui (s’)opèrent en son sein. Cet objectif demande, somme toute, à élargir et à ré-outiller notre regard sur les rapports contemporains entre langage et jeunesse.

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Élargir le regard

En sociolinguistique, l’adolescence a été le plus souvent envisagée comme une période d’autonomisation, structurée selon un double mouvement de divergence par rapport aux valeurs et normes adultes, et de prédilection pour une sociabilité horizontale et l’identification aux normes vernaculaires sous l’influence du réseau de pairs. Les pratiques langagières juvéniles en vigueur dans des espaces urbains périphériques ont ainsi été interprétées comme capables d’indexer, dans le même temps, l’affiliation à un groupe d’appartenance et la désaffiliation à d’autres groupes, notamment (perçus comme) adultes et socialement légitimes. Elles ont été amplement décrites comme reflet de cohésion de groupes dont les valeurs transgressives, viriles et populaires s’opposent à celles perçues comme emblématiques d’un univers à la fois socialement et économiquement dominant et/ou féminin.
Ces analyses demandent à être complétées, et peut-être nuancées, en élargissant notamment le regard :
 à la diversité (sociale, ethnique, genrée) constitutive d’une génération aux frontières rarement questionnées ;
 à la variation stylistique ou situationnelle ainsi qu’aux pratiques de littéracie, souvent négligées.

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Le présent appel a donc pour objet de susciter, de réunir et de faire dialoguer de manière inédite des travaux autour de ces questions.
Un focus sur le contexte français contemporain – non limité à l’hexagone – sera privilégié, sans qu’il soit toutefois exclusif. Des « ailleurs » (géographiques, historiques, générationnels) pourront être envisagés, dans la mesure où ils favoriseront des mises en perspectives et/ou des réflexions comparatives qui font souvent défaut.
Les relations complexes entre la diversité des pratiques langagières et les processus de différenciation ou d’affiliation sociales pourront être appréhendées à différentes échelles, selon des grains d’analyse variables et par le biais d’une palette large d’outils conceptuels et méthodologiques rattachés à différents courants de la sociolinguistique et, plus largement, des linguistiques de la parole. La sociolinguistique se trouve, en effet, confrontée à la diversité des types d’interactions, des régimes de sens et des jeux sémiotiques impliqués dans les processus de différenciation sociale. Bien que prioritairement adressé à des sociolinguistes, cet appel à contributions a enfin vocation à encourager les échanges et le dialogue interdisciplinaire autour des questions et des enjeux relatifs aux relations entre langage et jeunesse. Pour peu qu’ils s’inscrivent explicitement dans la thématique du numéro, des textes soumis par des chercheurs venant d’autres horizons disciplinaires (sociologie, anthropologie, histoire, etc.), individuellement ou en collaboration avec des linguistes, seront par conséquent vivement appréciés.

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Axes de travail

Les propositions de textes pourraient s’articuler autour des axes de travail suivants.

a. Jeunesse, pratiques langagières, frontières sociales : notions et horizons en question
On peut tout d’abord attendre des textes s’inscrivant dans cet axe qu’ils participent à la mise à jour de l’outillage conceptuel du domaine. Afin de mieux cerner ce qui relève du langage et des langues dans la différenciation sociale au sein de la jeune génération considérée dans son ensemble, ces réflexions s’appuieront de préférence sur des études empiriques susceptibles de faire émerger des problématiques nouvelles sur la différenciation sociolinguistique, articulées, par exemple, à des enjeux de luttes de reconnaissance. On peut notamment espérer dans ce sens des travaux consacrés au rôle du langage dans la construction sociale du genre (Billiez & Lambert, 2008) ou des jeunes élites, questions encore rarement traitées dans le domaine.
Il pourrait également être intéressant d’approfondir la voie contrastive internationale (Caubet et al., 2004 ; Auzanneau, 2011). Celle-ci permettrait de relativiser les particularismes nationaux que l’on attribue parfois aux « parlers jeunes », en mettant davantage l’accent sur ce qui pourrait, dans l’émergence de ces types de parlers, correspondre plus largement à des phénomènes liés à des conditions particulières de vie, d’activités et de trajectoires sociales. Cette perspective pourrait ainsi aider à démythifier la notion de « parlers jeunes » et à replacer l’étude de tels phénomènes dans une perspective plus « normale ». À l’échelle de son inscription internationale, la recherche sociolinguistique sur l’identité sociale de jeunes insiste sur l’imbrication en discours des catégories de l’ethnicité, de la langue, du genre, des classes et de la culture (voir par ex. Androustopoulos & Georgakopoulou, 2003). C’est un peu moins souvent le cas en France nous semble-t-il [4].

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b. Jeunesse urbaine, jeunesse rurale : une distinction sociolinguistique pertinente ?
On pourra se référer pour cet axe à des travaux sociologiques qui mettent en évidence la division interne aux jeunes issus des classes populaires aujourd’hui, en même temps qu’ils questionnent la catégorie de « jeunesse rurale » au regard des différences de trajectoires qui les caractérisent (voir par ex. Devaux, 2016).
Si un focus particulier sur les univers urbains et les grandes métropoles semble indispensable pour comprendre des dynamiques sociales et linguistiques contemporaines (notamment les dimensions et conséquences linguistiques de la double dynamique de gentrification et de migrations), sans doute faudrait-il aussi considérer d’autres facettes du processus de recomposition économique et sociale du territoire français, à l’œuvre par exemple dans la formation de nouvelles classes populaires qui se trouveraient de plus en plus tenues à la périphérie des villes mondialisées (Guilluy, 2014). Le versant sociolangagier des phénomènes d’appropriation du territoire local par ces nouvelles classes populaires mériterait peut-être une attention accrue de la part de la sociolinguistique de la jeunesse, compte tenu notamment des effets de nouvelles configurations d’entre-soi sociales et scolaires.

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c. Littéracie : un angle mort de la sociolinguistique de la jeunesse ?
Nous plaidons ici pour l’analyse des pratiques langagières à la faveur d’une conception large, affirmant que l’étude des « façons de parler » devrait inclure des « moyens d’écriture » (Hymes, 1973/1980). Il sera particulièrement pertinent d’investiguer dans leur diversité les pratiques littéraciées d’adolescents ou jeunes adultes, notamment quant au rôle qu’elles peuvent jouer dans la différenciation sociale.
Les travaux sur les pratiques langagières des jeunes se focalisent, en effet, le plus souvent sur leur dimension orale, passant sous silence leurs dimensions écrites ou plus largement scripturales. Dans le champ sociologique, Chikako Mori a souligné à quel point les cultures dites « de la banlieue » sont identifiées à un « territoire de la tchatche », « systématiquement associé à une oralité triomphante » (Mori, 2012 : 70). Si des productions culturelles rattachées au mouvement hip hop comme les tags, les grafs et le rap ont fait l’objet d’analyses sociolinguistiques (par exemple Billiez, 1998 ; Trimaille, 1999 ; Auzanneau et al. 2002), d’autres pratiques littéraciées, liées par exemple à l’insertion des jeunes dans des réseaux sociaux sur Internet, n’ont globalement pas fait l’objet d’études approfondies malgré la place de plus en plus centrale et différenciatrice qu’elles occupent dans la socialisation langagière adolescente.

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d. Socialisation langagière, différenciations et inégalités
La volonté de comprendre comment certains adolescents ou jeunes adultes se trouvent exclus de l’accès aux ressources langagières nécessaires à la réussite scolaire ou à certaines positions sociales sera le principal moteur des analyses présentées dans ce dernier axe.
Avancer dans la connaissance des conditions de socialisation langagière des jeunes de différents milieux sociaux implique de tenter de saisir leur compétence de communication à partir des articulations entre les différentes sphères de socialisation (famille, école, voisinage, etc.), et non à l’aune du seul vernaculaire entre pairs.
Cet objectif pourrait s’appuyer davantage sur des possibilités de passerelles entre, d’une part, le domaine d’étude des pratiques langagières de jeunes et, d’autre part, celui des processus de socialisation langagière (language socialization) ancré dans la tradition de l’anthropologie linguistique nord-américaine (Duranti, Ochs & Schieffelin, 2011). Ces deux courants ou domaines de recherche se sont développés indépendamment depuis près de quarante ans, avec peu de références mutuelles. Il existe pourtant des héritages communs permettant d’entrevoir des croisements et des rapprochements fertiles (Lambert & Trimaille, 2011 ; Lambert, 2014). Un de ces héritages est repérable dans des références aux travaux de Pierre Bourdieu, dont l’appareil conceptuel pourrait jouer un rôle pivot dans des convergences qu’il s’agirait de construire[5]. Les travaux nord américains sur la socialisation langagière lui ont emprunté le concept d’habitus, en plaçant toutefois assez rarement au premier plan des analyses, nous semble-t-il, la question du rôle des rapports de pouvoir dans les processus de socialisation langagière. La possibilité théorique existe toutefois d’envisager à l’aune de la notion de « socialisation langagière » la pluralité des réseaux dans lesquels les locuteurs s’insèrent, circulent et se différencient au cours de leur vie sociale.

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Références citées
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Notes

[1] À notre connaissance, la dernière (et unique ?) entreprise de ce type date de plus de dix ans. Plus d’une centaine de travaux (articles, ouvrages, mémoires, thèses) sur les « parlers de jeunes urbains en France » avaient été, en effet, recensés, de manière non exhaustive mais selon un assez large empan, dans Billiez et al. (2003) puis Trimaille (2004), pour une période allant de 1980 à 2002.

[2] Ainsi que le rappellent Conein et Gadet (1998), on sait que l’impulsion du changement linguistique adviendrait : plutôt par des locuteurs de couches sociales défavorisées ; plutôt par ceux qui ne sont pas encore insérés dans le monde du travail ou qui s’en trouvent à la marge ; plutôt par les échanges oraux (vernaculaires) qui prédominent dans des groupes dont les relations sociales s’expriment dans des réseaux denses et relativement fermés.

[3] Pour une révision critique récente de cette notion voir Auzanneau (2015) sur la « La quête des parlers ordinaires ».

[4] Le potentiel d’une perspective intersectionnelle (Crenshaw, 1991) réside avant tout dans les contenus concrets que l’on peut lui donner. C’est à partir de recherches empiriques que les effets simultanés de différents facteurs de différenciation et de hiérarchisation sociales seront par conséquent de préférence envisagés.

[5] Convergences à construire plus largement d’ailleurs avec les travaux de sociologie relevant du domaine d’étude de la socialisation.

 

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