Revue de sociolinguistique
en ligne

GLOTTOPOL

GLOTTOPOL

GLOTTOPOL

GLOTTOPOL

GLOTTOPOL

 

Université de Rouen

Laboratoire Dysola


N°16
octobre 2010



Sommaire





   glottopol@gmail.com

 

ISSN : 1769-7425

 
  


Minorités linguistiques et francophonies en perspective

Présentation

Sommaire

Téléchargement des articles
Résumés des articles

La question des minorités linguistiques aujourd'hui. L'intérêt de l'approche comparative par François Charbonneau

.La réalité des langues minoritaires semble à première vue si différente que l'idée d'aborder la question des minorités linguistiques dans une perspective comparative ne va pas nécessairement de soi. Que peuvent bien avoir en commun les francophones de l'Ontario (Canada), locuteurs d'une langue protégée par la Loi sur les langues officielles et les Bretons, locuteurs d'un idiome en perte de vitesse qui ne profite d'à peu près aucune protection étatique ? Hormis quelques grands sociolinguistes qui nous éblouissent de leur érudition, la comparaison des phénomènes linguistiques minoritaires n'est pas aussi répandue qu'elle devrait l'être. Sans doute est-ce la conséquence inévitable du fait que, au moins pour ce qui est des groupes minoritaires en Occident, ce sont souvent des chercheurs issus de ces mêmes groupes qui s'intéressent d'abord à leur communauté. En ce sens, on rencontre fréquemment dans les colloques des chercheurs acadiens qui font porter leurs travaux sur l'Acadie, des chercheurs catalans qui s'intéressent à la Catalogne, et ainsi de suite. Spécialiste de la réalité d'un groupe en particulier, le chercheur pourrait hésiter à s'aventurer au-delà des frontières du groupe dont il possède une connaissance intime. Ce serait une erreur, au sens où la comparaison révèle souvent que ce qui apparait aux premiers abords comme un phénomène particulier qui ne peut s'appréhender que dans un contexte unique se produit aussi ailleurs de manière étonnamment analogue. Qu'il s'agisse du phénomène de l'assimilation, de la diglossie, de l'insécurité linguistique, des phénomènes de dispersion ou des efforts de revitalisation des langues, les locuteurs d'idiomes minoritaires vivent des réalités qui se recoupent à bien des égards. En un mot, c'est la perspective comparatiste qui nous permet de constater l'universalité de phénomènes a priori particuliers.

C'est parce qu'ils étaient convaincus des vertus de la mise en parallèle des phénomènes linguistiques minoritaires que les organisateurs du colloque Vues d'ici et d'ailleurs, minorités linguistiques et francophonies en perspective (Québec, mai 2008) ont choisi d'inviter des spécialistes des minorités linguistiques provenant d'un peu partout sur la planète à mettre en commun leur savoir sur les langues et sur les groupes de locuteurs minoritaires. Ce colloque, qui a réuni près d'une soixantaine de chercheurs, a permis une réflexion sur les singularités et sur les points de convergence "d'ici et d'ailleurs" en matière d'aménagements linguistiques. Le lecteur a sous les yeux une partie des actes de ce colloque que la revue Glottopol a aimablement accepté d'accueillir[1]. Que les collaborateurs de cette admirable revue, qui fait depuis longtemps le pari du " comparatisme " en matière de sociolinguistique, soient ici remerciés. Nous tenons en particulier à remercier Madame Clara Mortamet qui a suivi de près toutes les étapes de la production de ce numéro.

Si le lecteur doute encore de la pertinence de l'approche comparative, la lecture du présent numéro devrait y mettre fin tant abondent les points de convergences entre l'expérience des diverses minorités linguistiques. L'abandon de la langue française par les Louisianais (Bernard Cerquiglini) s'est fait pour les mêmes raisons que les Bretons qui, eux, ont cessé de transmettre leur langue à leurs enfants après la Seconde Guerre mondiale (Didier Caraès). Le prestige et l'utilité appréhendée d'une langue déterminent souvent les raisons qui militent en faveur de son adoption, comme nous l'expliquent Elatiana Razafimandimbimanana et Céline Peigné dans le cas des jeunes sud-africains, ou alors Karine Vieux-Fort et Annie Pilote dans le cas des jeunes anglophones de la ville de Québec. Et il ne s'agit que de quelques exemples des nombreux parallèles que l'on peut tracer entre les réalités de minorités linguistiques étudiées dans ce numéro.

Bernard Cerquiglini ouvre le bal par un texte qui a été écrit immédiatement après son passage au Centre d'études francophones à la Louisiana State University de Bâton Rouge (USA) où il a assumé pendant trois ans les fonctions de directeur. C'est donc une expérience de première main que nous livre le linguiste dont la réputation n'est plus à faire. L'auteur nous fait découvrir succinctement les étapes de l'implantation de la langue française en Louisiane, ses lieux et modes de déploiements, puis son relatif déclin dans la première moitié du 20e siècle. Cette entrée en matière nous amène au véritable propos, soit les efforts entrepris en Louisiane depuis une quarantaine d'années pour assurer la pérennité de la langue française. Bernard Cerquiglini nous montre les difficultés intrinsèques de l'exercice, comme le choix, déchirant, du type de langue à transmettre. Doit-on privilégier la transmission d'une langue vernaculaire, difficilement compréhensible par les autres locuteurs du français, mais proche de celle déjà parlée à la maison par "les vieux", ou alors doit-on profiter de cette nouvelle donne institutionnelle (le financement public par l'État des écoles d'immersion fréquentée par une jeunesse qui, au moment de l'inscription, ne parle pas français) pour ouvrir les Louisianais sur le monde de la francophonie outre-frontière ? Pour Cerquiglini, ce qui se passe en Louisiane est important paradoxalement parce que ce qui s'y joue n'a rien de particulier. L'avenir de la francophonie se joue dans la capacité qu'elle doit avoir d'arrimer réalité particulière et aspiration universelle.

Régis Dandoy, Giulia Sandri et Virginie Van Ingelgom mettent en parallèle la réalité socio-politique et identitaire de deux minorités linguistiques jouissant d'une large autonomie, soit la minorité linguistique francophone du Val D'Aoste en Italie, et la minorité germanophone de Belgique. Ces deux communautés européennes ont un destin singulier qui invite spontanément à la comparaison. Chacune de ces communautés joui d'une relative autonomie, cependant que leur poids démographique respectif est presque marginal à l'ensemble du pays (moins de 0,6 % de la population belge dans le cas des germanophones de Belgique, une proportion trois fois plus faible dans le cas du Val d'Aoste). Comment se négocie politiquement cette autonomie ? Quels sont les choix politiques et les compromis possibles pour ces communautés statistiquement marginales ? Quelles forces internes militent en faveur d'une voie politique plutôt qu'une autre pour répondre aux besoins communautaires ? On comprendra, à la suite de la lecture de cet article, que les choix stratégiques des partis politiques communautaires divergent en grande partie en fonction du contexte, passablement différent, de l'un à l'autre de ces États européens.

De l'autre côté de la planète, Sílvio Marcus de Souza Correa nous présente une situation presque à l'exact opposé de celle qui prévaut en Belgique et en Italie. L'auteur s'intéresse à ce qu'il nomme, à la suite de Bourdieu, le marché linguistique brésilien, dans ce pays où plus de 200 langues parlées ne profitent d'aucune reconnaissance officielle et où les locuteurs de langues minorisées sont presque intégralement dépourvus de "capital linguistique". Au Brésil nous dit Correa, le "monolinguisme est plus une idéologie qu'une réalité linguistique", avec les conséquences que l'on soupçonne pour les groupes de locuteurs des langues vernaculaires. L'auteur montre comment une certaine langue portugaise "autorisée", proche d'un idéal type européen s'est imposée et comment les autres groupes linguistiques doivent négocier, avec peu de succès, leur droit de cité. Dans le cas brésilien nous apprend Correa, la minorisation linguistique se double le plus souvent d'un rapport de force défavorable aux autres communautés, en particulier les communautés autochtones.  

De retour en Europe, Manuel Meune s'intéresse à l'asymétrie linguistique dans les cantons de Fribourg et du Valais, cantons suisses limitrophes de la frontière linguistique romano-allemande. Le cas suisse est tout à fait intéressant : contrairement à ce qui se passe dans plusieurs pays, notamment en Belgique et au Canada, l'appartenance linguistique ne s'accompagne pas d'une aspiration nationalitaire. Et pourtant, la coexistence des langues et l'équilibre linguistique des quatre langues officiellement reconnus par la Confédération helvétique n'épuise pas la réalité sociologico-linguistique du pays. Existent aussi de nombreux dialectes non officiellement reconnus souvent en voie de disparition. C'est le cas du franco-provençal, patois aujourd'hui parlé par un nombre très restreint de locuteurs. De la même manière que plusieurs langues, patois et dialectes vernaculaires, le franco-provençal est aujourd'hui au cœur d'un débat que fait subir la modernité aux langues minorisées. Le combat qui oppose Patois et langues standard se joue sur fond de combat entre tradition et modernité.

Elatiana Razafimandimbimanana et Céline Peigné font porter leur contribution sur le plurilinguisme de jeunes élèves d'une école multiethnique montréalaise, et une autre dans la région de Durban en Afrique du Sud. Ils cherchent à comprendre comment ces jeunes comprennent et manœuvrent au sein de réalités linguistiques complexes. Le duo d'auteurs s'intéresse en particulier au rapport qu'entretiennent ces jeunes à la langue française, ou plutôt, aux langues françaises, langue officielle et commune dans le cas québécois, langue seconde jugée "non-essentielle" dans le cas sud-africain. Pourquoi les jeunes choisissent-ils d'étudier la langue française lorsque l'apprentissage de cette langue n'est pas obligatoire (français "langue autre") ? Comment perçoivent-ils cette langue lorsqu'ils sont contraints d'en faire l'apprentissage (français "langue commune") ? Voilà quelques questions auxquelles se sont intéressés ces auteurs dans leur recherche de terrain.

Karine Vieux-Fort et Annie Pilote nous livrent le fruit de leurs recherches sur une réalité assez peu étudiée jusqu'ici, celle des jeunes anglophones de la ville de Québec (Canada). Pendant longtemps, la ville de Québec, chef lieu du gouvernement anglais après la conquête anglaise du Canada, a été habitée par une population anglophone conséquente. Mais le 20e siècle a vu la population anglophone de la ville de Québec se réduire considérablement, si bien que cette population est aujourd'hui très discrète (moins de 2 % de la population a l'anglais comme langue maternelle, et à peine 1 % le parle à la maison). Lorsque l'on pense aux Anglo-Québécois, l'on pense spontanément à Montréal, oubliant qu'il y a aussi ailleurs au Québec une minorité anglophone. On le devine, la réalité de ces jeunes anglo-québécois de la ville de Québec est passablement différente que celle de leurs compatriotes montréalais. Le plus souvent parfaitement bilingues, fréquentant l'école anglaise, mais parlant un français "québécois" indissociable de la majorité linguistique, ces jeunes anglophones, nous apprennent Vieux-Fort et Pilote, s'interrogent sur leur place dans la société québécoise et dans la "communauté" anglophone du Québec. Par une méthode originale (qui a consisté, entre autres choses, à demander aux jeunes anglophones de prendre une photo représentative pour eux de la communauté anglophone) les auteurs montrent comment ces jeunes négocient leur appartenance à une communauté dont les frontières sont mal définies.

C'est à Didier Caraes que revient la tâche de conclure ce numéro et, on nous permettra le cliché, de boucler la boucle. La question que se pose Didier Caraes sous forme de témoignage est toute simple : pourquoi les brittophones ont-ils cessé de parler breton avec leurs enfants immédiatement après la Seconde Guerre mondiale ? Cette question, qui, aux premiers abords pourrait sembler ne s'adresser qu'à ceux qui ne s'intéressent qu'à la Bretagne s'est posée un peu partout sur la planète. Ce que décrit Didier Caraes pour la Bretagne, Bernard Cerquiglini l'a constaté en Louisiane : ne pas transmettre la langue minoritaire à ses enfants, c'était surtout ne pas leur transmettre les tares et stigmates qu'on lui croyait associés. Pour la génération boomers, la langue bretonne était associée à la paysannerie, au passé, aux désavantages économiques, bref, était "un handicap et une honte". A contrario, la langue française était associée à la modernité et à l'épanouissement de l'individu. Ce qui s'est joué en Bretagne s'est joué partout où l'appartenance linguistique et culturelle à un groupe minoritaire a été synonyme de retards économiques et de désavantages culturels.


En terminant, nous tenons à remercier Kateri Létourneau, qui nous a assistés dans la préparation de ce numéro ainsi que Louise Charbonneau qui a assuré une première conformité des textes au format de la revue Glottopol. L'Association des universités canadienne, qui a financé une partie du projet de publication, Christophe Traisnel et Christiane Bernier, coorganisateurs du colloque tenu à Québec, sont tous chaleureusement remerciés.

[1] L'autre partie de ces actes, ceux portant spécifiquement sur la francophonie canadienne, seront publiés prochainement dans la revue Francophonies d'Amérique.

Sommaire

François Charbonneau : La question des minorités linguistiques aujourd'hui. L'intérêt de l'approche comparative.

2

Bernard Cerquiglini : La langue française au défi de la diversité, par l'expérience de la minorité : le français, langue régionale de Louisiane

6

Régis Dandoy, Giulia Sandri et Virginie Van Ingelgom : La représentation politique des minorités linguistiques : Une analyse comparée des communautés francophone d'Italie et germanophone de Belgique

11

Sylvio Marcus Correa : Langue officielle, langues autochtones et allochtones au Brésil : Repères historiques et sociologiques d'un marché linguistique

30

Manuel Meune : Francoprovençal, français et (suisse-)allemand. L'asymétrie linguistique dans les cantons de Fribourg et du Valais

48

Elatiana Razafimandimbimanana & Céline Peigné : Francophonies plurilingues : vu(e)s de (nouveaux) apprenants du français à Montréal et Durban

67

Karine Vieux-Fort & Annie Pilote : Représentations et positionnements identitaires chez des jeunes scolarisés en anglais à Québec : explorations méthodologiques

81

Didier Caraes : Le silence dissonant des brittophones. Ou pourquoi les brittophones ont-ils cessé de parler leur langue maternelle à leurs enfants au sortir de la Seconde Guerre Mondiale ?

100


Compte rendu
Fednel Alexandre : AUZAS Noémie, Chamoiseau ou les voix de Babel. De l'imaginaire des langues, 2009, Paris, Imago, 304 pages, ISBN : 978-2-84952-073-4.

115

Téléchargement des articles

Aide et conseils pour le téléchargement

Minorités linguistiques et francophonies en perspective

Téléchargement de l'ensemble du numéro

.pdf

(1109 Ko)

.zip

(1054 Ko)

La question des minorités linguistiques aujourd'hui. L'intérêt de l'approche comparative.Avant-propos par François Charbonneau

.pdf

(30 Ko)

.zip

(25 Ko)

La langue française au défi de la diversité, par l'expérience de la minorité : le français, langue régionale de LouisianeOralité et écrit en traduction par Bernard Cerquiglini

résumé

.pdf

(88 ko)

.zip

(83 Ko)

La représentation politique des minorités linguistiques : Une analyse comparée des communautés francophone d'Italie et germanophone de Belgique par Régis Dandoy, Giulia Sandri et Virginie Van Ingelgom

résumé

.pdf

(97 Ko)

.zip

(87 Ko)

Langue officielle, langues autochtones et allochtones au Brésil : Repères historiques et sociologiques d'un marché linguistique par Sylvio Marcus Correa

résumé

.pdf

(515 Ko)

.zip

(495 Ko)

Francoprovençal, français et (suisse-)allemand. L'asymétrie linguistique dans les cantons de Fribourg et du Valais par Manuel Meune

résumé

.pdf

(109 Ko)

.zip

(99 Ko)

Francophonies plurilingues : vu(e)s de (nouveaux) apprenants du français à Montréal et Durban par Elatiana Razafimandimbimanana & Céline Peigné

résumé

.pdf

(75 Ko)

.zip

(67 Ko)

Représentations et positionnements identitaires chez des jeunes scolarisés en anglais à Québec : explorations méthodologiques par Karine Vieux-Fort & Annie Pilote

résumé

.pdf

(163 Ko)

.zip

(153 Ko)

Le silence dissonant des brittophones. Ou pourquoi les brittophones ont-ils cessé de parler leur langue maternelle à leurs enfants au sortir de la Seconde Guerre Mondiale ? par Didier Caraes

résumé

.pdf

(127 Ko)

.zip

(116 Ko)

Compte rendu
AUZAS Noémie, Chamoiseau ou les voix de Babel. De l'imaginaire des langues, 2009, Paris, Imago, 304 pages, ISBN : 978-2-84952-073-4. par Fednel Alexandre

.pdf

(23 Ko)

.zip

(19 Ko)

Résumés

La langue française au défi de la diversité, par l'expérience de la minorité : le français, langue régionale de Louisiane par Bernard Cerquiglini

Ce texte porte sur la langue française telle qu'elle se parle en Louisiane depuis près de quatre siècles. Après un bref rappel de ses sources (français hexagonal, créole, acadien, etc), l'auteur s'intéresse aux efforts de revitalisation de la langue française à partir des années 1960. Depuis une cinquantaine d'années, l'école a pris le relais de la famille comme principal lieu de transmission de la langue française, ce qui n'est pas sans représenter un certain nombre de défis en ce qui a trait à la nature du français à enseigner.

Télécharger cet article :

format .pdf (88 Ko)

format .zip (83 Ko)

La représentation politique des minorités linguistiques : Une analyse comparée des communautés francophone d'Italie et germanophone de Belgique par Régis Dandoy, Giulia Sandri et Virginie Van Ingelgom

De par leur petite taille et le peu de médiatisation de leurs revendications, les minorités germanophones de Belgique et francophones d’Italie (Val d’Aoste) sont largement méconnues en science politique. Cet article entend comparer ces deux communautés linguistiques du point de vue de leur reconnaissance, de leur institutionnalisation dans le cadre de la structure étatique et de leurs systèmes de partis respectifs. Car les évolutions de ces communautés se sont produites en parallèle au niveau de leur régionalisation, de leur statut et représentation politique mais également en ce qui concerne la présence et le succès électoral d’un parti ethno-régionaliste. Sur base d’une analyse longitudinale, les performances politiques et électorales de ces partis seront mises en relation avec leur positionnement idéologique, ainsi qu’avec le contexte politique et institutionnel.

Télécharger cet article :

format .pdf (97 Ko)

format .zip (87 Ko)

Langue officielle, langues autochtones et allochtones au Brésil : Repères historiques et sociologiques d'un marché linguistique par Sylvio Marcus Correa

La contribution présentée ici fait valoir la pertinence d'une approche sociolinguistique pour analyser et comparer la situation de quelques minorités linguistiques au Brésil, ainsi que leurs enjeux, notamment pour les langues autochtones et allochtones au pays. Un certain nombre de repères historiques sont présentés pour mieux comprendre la formation d'un marché linguistique où une langue officielle et nationale à la fois, doit faire face à d'autres langues qui ont un capital linguistique différent. Il est enfin remarqué que les minorités linguistiques au Brésil n'ont pas les mêmes ressources et stratégies dans le champ linguistique.

Mots clés : marché linguistique, capital linguistique, langues autochtones et allochtones, Brésil.

Télécharger cet article :

format .pdf (515 Ko)

format .zip (495 Ko)

Francoprovençal, français et (suisse-)allemand. L'asymétrie linguistique dans les cantons de Fribourg et du Valais par Manuel Meune

Bien qu'étant une mosaïque de langues, la Suisse est une nation politique unitaire à laquelle s'identifie l'immense majorité de ses citoyens, même ceux qui appartiennent aux minorités linguistiques. Ceci n'exclut pourtant pas des relations parfois tendues entre groupes linguistiques - d'autant que les langues migrantes se sont ajoutées aux langues traditionnelles. Nous réfléchissons ici à la façon dont la Suisse a géré et gère la diversité de ses langues autochtones, non seulement les langues officielles (allemand, français, italien, romanche), mais aussi les multiples dialectes non officiels. En nous fondant, entre autres, sur nos enquêtes menées auprès de conseillers communaux des cantons bilingues, nous analysons les représentations du plurilinguisme et de la diglossie (cohabitation d'une langue de communication orale et d'une langue écrite standardisée), ainsi que les modes de valorisation du répertoire linguistique, selon le canton et selon qu'on a affaire à des francophones ou à des germanophones. Nous nous interrogeons ainsi sur les causes de l'asymétrie entre les deux principales zones linguistiques dans leur rapport à la diglossie : d'une part, en Suisse francophone, le déclin irréversible et la très faible visibilité des dialectes francoprovençaux sont manifestes - la recherche s'est pourtant peu penchée sur la disparition d'une langue qui, dans d'autres conditions sociolinguistiques, aurait pu prétendre au titre de cinquième langue nationale ; d'autre part, en Suisse germanophone, le dynamisme des dialectes alémaniques ne se dément pas. Nous décrivons aussi un deuxième type d'asymétrie, lié aux rapports démographiques entre francophones et germanophones, respectivement minoritaires et majoritaires à l'échelle nationale, mais majoritaires et minoritaires dans les cantons étudiés. Ceci induit une dynamique complexe et un débat qui s'articule souvent autour de l'équilibre à trouver entre le principe de territorialité (langue officielle "imposée") et le principe de liberté (langue officielle "choisie"), en particulier dans le domaine de l'enseignement.

Télécharger cet article :

format .pdf (109 Ko)

format .zip (99 Ko)

Francophonies plurilingues : vu(e)s de (nouveaux) apprenants du français à Montréal et Durban par Elatiana Razafimandimbimanana & Céline Peigné

Ce travail propose une mise en parallèle des discours produits par des jeunes résidant à Montréal et à Durban. L'objet est de questionner la significativité du français et de l'espace francophone pour des nouveaux locuteurs.
Au Québec, le projet sociétal du "vivre ensemble" vise à faire du français, la langue commune de la diversité. Or, la vitalité linguistique dépend non seulement des pratiques effectives mais aussi des constructions identitaires corrélées. Qu'en est-il des discours identitaires des enfants plurilingues, migrants et allophones ? Le projet sud-africain qui vise à tendre vers "diverse people unite" (devise de l'Afrique du Sud démocratique), souhaite en premier lieu défendre et rendre les 9 langues nationales historiquement défavorisées visibles (écoles et société). Cependant, certains jeunes apprennent le français comme langue étrangère à l'école et les représentations de cette minorité numérique placent souvent la langue, et donc leurs propres répertoires, au rang d'une majorité au niveau international. Comment investissent-ils le français ?
Le corpus est issu d'enquêtes menées dans des écoles à Montréal et à Durban entre 2004 et 2007. Après avoir explicité notre démarche ethno-sociolinguistique critique, nous étudierons les projets et les valeurs symboliques que les différents jeunes peuvent associer à l'apprentissage du français.

Télécharger cet article :

format .pdf (75 Ko)

format .zip (67 Ko)

Représentations et positionnements identitaires chez des jeunes scolarisés en anglais à Québec : explorations méthodologiques par Karine Vieux-Fort & Annie Pilote

Cette étude porte sur les jeunes scolarisés dans une école de langue anglaise de la région de Québec. L'école anglaise constitue une institution de base pour la communauté anglophone. Or, la présence de plus en plus grande d'élèves pour qui l'anglais n'est pas forcément la langue maternelle ou la principale langue d'usage remet en question la capacité de l'école à exercer son rôle de reproduction de la communauté et de l'identité anglophone. Une étude des représentations de la communauté anglophone et des positionnements identitaires a été réalisée auprès de 10 jeunes du secondaire anglophone. Au plan méthodologique, trois techniques de l'approche qualitative ont été utilisées : le dessin, le récit de vie et la photographie commentée. Cet article montre comment ces trois techniques ont permis de recueillir des données permettant d'éclairer, par différentes voies d'accès, les représentations et les positionnements identitaires des jeunes. Les résultats mettent en lumière quatre grands constats d'ensemble qui permettent de montrer les apports complémentaires de ces techniques. Ainsi, il apparaît d'abord difficile pour les jeunes de cerner clairement les paramètres de la communauté anglophone à Québec. Ils entretiennent une diversité de représentations au sujet de ladite communauté. Fréquenter l'école de langue anglaise suscite un sentiment d'appartenance à la communauté anglophone. Enfin, l'identité relève d'un positionnement subjectif qui varie selon les individus. Plusieurs apports de l'utilisation conjointe de ces trois techniques ont été relevés. D'abord, la possibilité de dégager de grandes idées communes chez les participants, mais aussi de confirmer et parfois de nuancer les propos spécifiques de chacun des élèves par l'utilisation des techniques relevant de données à la fois imagées, verbales et visuelles. Les techniques visuelles ont également permis de mettre à jour de manière plus directe les représentations et les positionnements identitaires tandis que le récit de vie a permis de lier les éléments entre eux à travers le parcours biographique de chacun.

Télécharger cet article :

format .pdf (163 Ko)

format .zip (153 Ko)

Le silence dissonant des brittophones. Ou pourquoi les brittophones ont-ils cessé de parler leur langue maternelle à leurs enfants au sortir de la Seconde Guerre Mondiale ? par Didier Caraes

Le breton était la langue d'usage quasi-exclusif d'environ un million d'habitants de l'ouest de la péninsule armoricaine, au début du XXième siècle. Lors du recensement de la population française de 1999, on comptait 257 000 locuteurs du breton. Le changement linguistique du breton vers le français est récent. Il se serait amplifié après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. L'auteur a été le témoin de ce changement linguistique, au sein même de sa famille. Il s'interroge sur les raisons qui ont conduit à l'effacement du breton de la société bretonne. Ce qu'il retient des travaux des sociolinguistes qui ont étudié le changement linguistique en Bretagne et de sa propre expérience, c'est que ce changement linguistique est l'objet d'une dénégation par ceux-là même qui l'ont vécu. Le Conseil Régional de Bretagne a voté une politique linguistique en faveur du breton et du gallo (second langue régionale de Bretagne) en 2004. C'est la première fois qu'une telle politique est décidée pour la Bretagne. Au-delà de son efficacité, cette politique constitue comme une parole qui dit que le changement linguistique vécu par les brittophones est un problème et qu'il est légitime de vouloir y remédier.

Télécharger cet article :

format .pdf (127 Ko)

format .zip (116 Ko)

 

 

Dernière mise à jour :

25 octobre 2010

 

GLOTTOPOL

GLOTTOPOL

GLOTTOPOL

 
  
Page suivante